Le 4 septembre, RappelConso a publié en quelques heures trois nouvelles fiches de fromages rappelés pour Listeria monocytogenes : une tomme, deux pavés. La veille, un brie de 1 kg vendu chez Metro. L'avant-veille, cinq fiches d'un coup : brie, pointe de brie, camembert, carré. Huit marques différentes, huit formats différents, des distributeurs qui vont de Lidl à Leclerc, d'Intermarché à Vitafrais, et, sur neuf fiches sur seize, la mention « établissement de restauration » ou « restaurateurs ». Une seule chose ne change jamais d'une fiche à l'autre : la petite ellipse imprimée sur l'emballage, FR 70-002-001. Depuis le 14 août, ce numéro revient seize fois. C'est lui, et pas les marques, que votre traiteur regarde pour savoir si le plateau de fromages de votre réception de septembre est concerné.
Seize fiches, trois semaines, un seul numéro
La série commence le 14 août, et elle commence par le circuit professionnel : un brie de 1 kg Metro Chef, la marque distributeur du grossiste Metro, « détection de Listeria monocytogenes », vendu du 5 juin au 1er août. Neuf jours plus tard, le 23 août, trois fiches d'un coup : un brie de 3 kg Pâturages Comtois chez Intermarché, un Merlemont à la coupe, et un brie de 3 kg « Le Baron » dont le seul distributeur déclaré est « établissements de restauration ». Le 25 août, un petit brie de 500 g Chêne d'argent, marque de Lidl. Le 27, une pointe de brie bio Osé Bio chez Vitafrais. Le 1er septembre, Chêne d'argent à nouveau. Le 2 septembre, cinq fiches : le brie au kilo vendu chez Leclerc et « restaurateurs », commercialisé depuis le 22 mai, le brie de 500 g, la pointe de 180 g, le camembert Val de Saône de 240 g, le carré Régal des Moines. Le 3, un second lot du brie Metro Chef, vendu du 10 juillet au 2 septembre. Le 4, la tomme Val de Saône de 1,3 kg vendue au rayon coupe depuis le 26 mai, le pavé 3 Provinces et le pavé fleuri.
Toutes ces fiches portent la même marque de salubrité, écrite tantôt « FR 70 002 001 CE », tantôt « FR 70-002-001 UE », et, à cinq exceptions près, le même motif : « retrait préventif suite à détection Listeria dans un autre lot fabriqué le même jour ». Les exceptions sont les fiches où la bactérie a été trouvée directement : les deux bries Metro Chef, les deux Chêne d'argent, l'Osé Bio. Les fenêtres de vente s'étendent du 22 mai au 2 septembre, soit plus de trois mois, et plusieurs dates de durabilité minimale sont déjà passées (5 août pour un lot de tomme, 19 août pour un lot de brie au kilo) : ces fromages-là ne sont plus dans un frigo, ils ont été mangés. Le même jour, un second foyer indépendant est apparu sur RappelConso, cinq tommes de la Fromagerie Les 4 Fermes (estampille FR 42.028.006), avec parmi les points de vente deux auberges. Et c'est sans compter, sur les mêmes 48 heures, un cantal jeune au lait cru rappelé pour STEC, un jambon de Bayonne et un saucisson sec pour listeria, des filets de sardine et des maquereaux pour histamine, vendus pendant la semaine de canicule du 25 au 29 août.
Pourquoi votre traiteur ne regarde pas la marque, mais l'ellipse
Sur un fromage, la marque commerciale est une information de vente. La marque d'identification, imposée par le règlement (CE) n° 853/2004 à tout produit d'origine animale sortant d'un établissement agréé, est une information de police sanitaire. Elle tient dans une ellipse : le code du pays (FR), le numéro du département (70, la Haute-Saône), le code de la commune, le numéro d'ordre de l'établissement dans cette commune, puis « CE », que le droit européen remplace progressivement par « UE » avec une mise en conformité fixée au 31 décembre 2028. C'est pour cela que les fiches Metro Chef et Chêne d'argent disent « UE » et les fiches Pâturages Comtois « CE » : même atelier, deux générations d'emballage.
Ce numéro est le seul élément commun entre un brie de 3 kg destiné aux restaurateurs, un petit brie de 500 g sous marque Lidl, une pointe bio et un carré sous une troisième marque. Il dit qu'un atelier unique fabrique pour huit marques, ce qui n'a rien d'anormal dans la filière, et qu'un problème de fabrication un jour donné se propage à toutes ces marques à la fois, sur trois semaines, au rythme où l'atelier remonte ses lots. Un traiteur qui aurait cherché « Pâturages Comtois » dans ses bons de livraison le 23 août n'aurait rien trouvé s'il achète son brie au kilo chez Metro ou son brie 3 kg sous marque Le Baron. Celui qui a cherché « 70-002-001 » a trouvé. Et pour les fromages achetés à la coupe, dont la tomme et le Merlemont de cette série, la marque n'existe même plus une fois le papier ôté : la fiche du 4 septembre précise que « le numéro de lot et la date de durabilité minimale » sont « annotés sur le papier ». Le papier, un traiteur le garde, ou il garde le bon de livraison qui porte le lot. C'est toute la différence avec un particulier.
« Retrait préventif, autre lot fabriqué le même jour » et « < 10 UFC/g » : les deux phrases qui ont changé le 1er juillet
Deux formulations de cette série de rappels méritent d'être lues mot à mot. La première est le motif répété onze fois : on rappelle un lot dans lequel rien n'a été trouvé, parce qu'un autre lot fabriqué le même jour est positif. La seconde figure sur la fiche d'un saucisson sec breton publiée le même 4 septembre : « présence de listeria < 10 UFC/g ». Moins de dix unités formant colonie par gramme, c'est la limite de quantification de la méthode de dénombrement : la bactérie a été détectée, mais en quantité trop faible pour être comptée. Le produit est rappelé quand même.
La raison tient dans un texte : le règlement (CE) n° 2073/2005 sur les critères microbiologiques, modifié par le règlement (UE) 2024/2895, applicable depuis le 1er juillet 2026. Pour les denrées prêtes à être consommées dans lesquelles la listeria peut se développer, ce qui est le cas d'un brie ou d'un camembert, l'ancien régime tolérait jusqu'à 100 UFC/g sur le marché, l'exigence « absence dans 25 g » ne s'appliquant qu'avant la sortie de l'atelier, et seulement lorsque le fabricant n'avait pas apporté la démonstration. Depuis deux mois, comme le résume le centre technique ADRIA, le seuil de 100 UFC/g n'est maintenu que si le fabricant a démontré, par des études de croissance, qu'il ne sera pas dépassé jusqu'à la date limite ; sinon, c'est « absence dans 25 g » à tous les stades, du quai de l'atelier au rayon coupe. Un résultat à « < 10 UFC/g », qui aurait pu rester en deçà du seuil de 100 sous l'ancien critère, est désormais une non-conformité dès lors qu'il y a détection. Et un lot positif un jour donné jette le doute sur toute la journée de fabrication, puisque la question n'est plus « combien » mais « présente ou absente ».
Pour le client d'un traiteur, la conséquence est contre-intuitive : les rappels vont se multiplier, y compris pour des lots où rien n'a été mesuré, et ce n'est pas le signe d'une filière qui se dégrade, c'est le signe d'un critère qui s'est durci. Le traiteur qui explique cela à ses clients a lu le règlement. Celui qui dit « c'est la saison des rappels » ne l'a pas lu.
Où était ce brie le jour de votre réception : le calcul des huit semaines
La listériose n'est pas une intoxication de lendemain de fête. Toutes les fiches de la série répètent la même phrase : le délai d'incubation « peut aller jusqu'à huit semaines ». Concrètement, un fromage de cette série servi lors d'un mariage le 15 août peut encore se manifester jusqu'au 10 octobre. Le lot de brie au kilo vendu du 22 mai au 2 septembre couvre l'intégralité de la saison des réceptions d'été. C'est la raison pour laquelle un traiteur, informé d'un rappel sur un produit qu'il a servi, prévient ses clients même quand la date est passée depuis longtemps, et pas seulement quand il reste du fromage dans sa chambre froide.
Le risque n'est pas réparti au hasard. Selon les données de Santé publique France, la France a déclaré 619 cas de listériose en 2024, soit 9 cas par million d'habitants, contre 3,1 à 6,2 par million entre 1999 et 2020. L'incidence est de 2,3 par million chez les moins de 60 ans, 57 chez les 80-89 ans, 87 chez les plus de 90 ans, et la hausse observée depuis 2021 est attribuée au vieillissement de la population plutôt qu'à des épidémies plus fréquentes. Les fiches ajoutent les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées. Sur une réception familiale, c'est-à-dire précisément une noce, un anniversaire de mariage, une communion, ces trois populations sont à table ensemble. Nous avons détaillé les substitutions de buffet pour les invités fragiles après la vague de rappels de fin juillet ; ce qui change en septembre, c'est que le produit concerné est le plateau de fromages lui-même, pas une bille apéritive.
Ce qu'un traiteur a fait entre le 14 août et aujourd'hui, et ce que vous pouvez lui demander
La première fiche de la série visait le brie de 1 kg Metro Chef, un format qu'aucun particulier n'achète. Le 14 août, neuf jours avant que la grande distribution ne soit touchée, les professionnels étaient donc déjà concernés, et Metro, comme tout distributeur, a l'obligation de prévenir ses clients identifiés. C'est l'article 19 du règlement (CE) n° 178/2002 : retrait, information des autorités, information des acheteurs. Le traiteur, lui, relève de l'article 18, la traçabilité « un pas en amont, un pas en aval » : il doit pouvoir dire de qui vient chaque fromage (le bon de livraison, avec lot et estampille) et à quelle prestation il est allé (la fiche de production de la réception). Nous avons décrit en juillet comment un traiteur verrouille ses fournisseurs ; la série de septembre montre le maillon suivant, celui qui relie un lot à une date de réception.
Ce qu'un traiteur organisé a fait ces trois semaines tient en quatre gestes. Il a rapproché les seize fiches de ses bons de livraison sur la période du 22 mai au 2 septembre, en cherchant l'estampille et non la marque. Il a isolé et détruit ce qui restait en chambre froide, comme le demande la fiche (« ne plus utiliser, détruire le produit »), et a conservé la preuve de destruction pour le remboursement. Il a identifié les prestations où ces lots ont été servis et a prévenu les clients, en leur transmettant le texte de la préconisation sanitaire. Et il a remplacé, pour les réceptions des prochaines semaines, les fromages de cet atelier par des références d'une autre estampille, en privilégiant, pour les tables où figurent des invités fragiles, ce que les autorités recommandent sur la fiche du cantal rappelé le même jour : pâtes pressées cuites (comté, emmental, beaufort) et fromages au lait pasteurisé. Sur la composition d'un plateau AOP de réception, cela se traduit par une pâte pressée cuite de plus et une pâte molle à croûte fleurie de moins, sans que la table y perde.
De votre côté, trois questions suffisent, et elles sont plus précises que « vos fromages sont-ils sûrs ? ». Quelle est l'estampille des fromages prévus pour ma réception, et avez-vous vérifié qu'elle n'apparaît pas sur RappelConso ? Êtes-vous inscrit à l'espace professionnel de RappelConso ou aux alertes de votre grossiste, et sous quel délai êtes-vous prévenu ? Si un produit servi lors de ma réception est rappelé après coup, comment me prévenez-vous, et sous quel délai ? Un traiteur qui répond à ces trois questions avec un numéro, un outil et un délai a une chaîne de traçabilité qui fonctionne. Celui qui répond « nos fournisseurs sont sérieux » décrit une intention.
FAQ : rappels de fromages et plateau de réception
Quels fromages sont concernés par les rappels du 2 au 4 septembre 2026 ?
Seize fiches publiées entre le 14 août et le 4 septembre portent l'estampille FR 70-002-001 : bries de 3 kg, 1 kg et 500 g (Pâturages Comtois, Le Baron, Metro Chef, Chêne d'argent, Osé Bio), pointes de brie, camembert et tomme Val de Saône, carré Régal des Moines, pavés 3 Provinces et fleuri, Merlemont à la coupe. Le même jour, cinq tommes de la Fromagerie Les 4 Fermes (FR 42.028.006) ont été rappelées séparément. La liste exacte des lots et des dates est sur rappel.conso.gouv.fr.
Comment savoir si le fromage servi à ma réception faisait partie d'un lot rappelé ?
Demandez à votre traiteur l'estampille (l'ellipse FR xx.xxx.xxx CE ou UE) et le numéro de lot figurant sur ses bons de livraison pour la date de votre réception, puis comparez-les aux fiches RappelConso. Le traiteur a l'obligation de conserver ces informations au titre de la traçabilité du règlement (CE) n° 178/2002. Si le lot est concerné, il doit vous prévenir même si la réception est passée.
Pourquoi un fromage est-il rappelé alors qu'aucune bactérie n'y a été trouvée ?
Onze des seize fiches indiquent un « retrait préventif suite à détection Listeria dans un autre lot fabriqué le même jour ». Depuis le 1er juillet 2026, le règlement (UE) 2024/2895 impose, pour les fromages dans lesquels la listeria peut se développer, une absence dans 25 g pendant toute la durée de vie sauf démonstration contraire du fabricant ; un lot positif engage donc, par précaution, l'ensemble de la production du jour.
Quels sont les symptômes à surveiller, et pendant combien de temps ?
Fièvre isolée ou accompagnée de maux de tête et de courbatures, jusqu'à huit semaines après la consommation, selon la préconisation sanitaire des fiches. Les femmes enceintes, les personnes âgées et les personnes immunodéprimées doivent consulter en signalant la consommation. Santé publique France a recensé 619 cas en 2024, avec une incidence de 87 par million chez les plus de 90 ans contre 2,3 chez les moins de 60 ans.
Faut-il renoncer au plateau de fromages en réception cet automne ?
Non, mais il faut le composer autrement pour les tables où figurent des invités fragiles : davantage de pâtes pressées cuites (comté, beaufort, emmental) et de fromages au lait pasteurisé, moins de pâtes molles à croûte fleurie et de lait cru, en suivant les recommandations reproduites par les autorités sur les fiches de rappel. Et surtout, un traiteur qui achète ses fromages sous une estampille identifiée et suit RappelConso.
Sources : RappelConso, fiches n° 23160, 23139, 23140, 23143, 23325, 23342, 23370, 23417, 23419, 23424, 23425, 23426, 23427, 23447, 23459, 23460 (estampille FR 70-002-001, 14 août – 4 septembre 2026), 23446 (saucisson sec, « < 10 UFC/g »), 23400 (cantal, STEC), 23448 à 23453 (Fromagerie Les 4 Fermes), 23455 et 23438 (histamine) ; Allo Docteurs, 3 septembre 2026 ; règlement (UE) 2024/2895 modifiant le règlement (CE) n° 2073/2005, applicable au 1er juillet 2026, et sa synthèse par l'ADRIA (22 janvier 2026, mise à jour 9 juin 2026) ; règlement (CE) n° 853/2004 (marque d'identification) et Chambre d'agriculture des Pays de la Loire (« CE » devient « UE », échéance 31 décembre 2028) ; règlement (CE) n° 178/2002, articles 18 et 19 ; Santé publique France, listériose, données 1999-2024. Le décompte de seize fiches résulte d'un relevé des fiches publiées entre le 14 août et le 4 septembre 2026 portant cette estampille ; d'autres fiches peuvent s'y ajouter.