Le 23 octobre 2026, RappelConso a publié quatre fiches de coquillages qui racontent la même histoire de traçabilité : des noix de Saint-Jacques de la baie de Saint-Brieuc rappelées pour Listeria monocytogenes sous l'étiquette du producteur Celtarmor, sous celle de Carrefour, puis, plus loin dans la chaîne, dans une blanquette de Saint-Jacques préparée par un Leclerc, et, le même jour, des coques vivantes vendues par METRO avec un résultat E. coli supérieur à 230 pour 100 g. Les dates limites sont déjà passées (22 et 24 octobre), donc rien à retirer d'urgence pour la plupart des lecteurs. Mais à deux mois des réveillons, où la noix de Saint-Jacques est l'un des produits-vedettes des menus de fête, ces fiches montrent comment un seul lot peut se retrouver dans trois emballages différents, dont un plat cuisiné.
Un producteur, trois étiquettes : les fiches 23914 et 23923
La fiche 23914 (référence 2026-10-0242) concerne la marque Celtarmor, « noix de Saint-Jacques de la baie de Saint-Brieuc Label Rouge », en barquettes de 200 g, 400 g et 1 kg, avec la marque de salubrité 22.325.003.UE. La commercialisation court du 16 au 22 octobre, la zone est « France entière » et quatre enseignes sont citées : Leclerc, U, Intermarché et Carrefour. Le motif est la présence de Listeria monocytogenes ; la conduite à tenir est de ne plus consommer et de détruire le produit, avec remboursement. Le rappel est volontaire, sans arrêté préfectoral.
La fiche 23923 (référence 2026-10-0250) vise le même type de produit sous une autre marque : « Filière Qualité Carrefour », noix de Saint-Jacques fraîches de la baie de Saint-Brieuc, sans corail, barquettes de 200 g, conditionnées le 16 octobre. Son estampille sanitaire est FR 22 325 003 CE, c'est-à-dire le même numéro d'établissement que celui de la fiche Celtarmor (22.325.003, écrit avec la mention UE ou CE). L'ampleur est minuscule : 16 barquettes vendues au rayon poissonnerie libre-service de deux magasins, Carrefour Rennes-Cesson (35) et Carrefour Market Fontenay-aux-Roses (92). Le rapprochement entre les deux fiches est une lecture de notre part : les fiches ne disent pas que Carrefour s'approvisionne chez Celtarmor, elles montrent seulement que les deux produits portent le même numéro d'établissement.
Ce que cela change pour un traiteur est précis. Un client qui lit « Celtarmor » sur un rappel et « Filière Qualité Carrefour » sur un autre croit à deux problèmes. Le professionnel qui sait lire l'étiquette repère un seul numéro d'agrément et comprend qu'il suffit de le retrouver dans ses propres bons de livraison pour savoir s'il est concerné, quelle que soit la marque qui figure sur la barquette.
La blanquette SK : quand le rappel d'un ingrédient traverse le plat cuisiné
La fiche 23922 (référence 2026-10-0249) est la plus instructive pour la profession. Elle porte sur une « Blanquette St Jacques » de marque SK, en barquette noire à poids variable, vendue du 22 au 24 octobre dans un seul magasin, E. Leclerc Le Relecq-Kerhuon, avec une DLC au 24 octobre 2026. Le motif est libellé ainsi : « listeria monocytogenes détectée dans les noix de st jacques de notre fournisseur Celtarmor ». La fiche vise donc un plat cuisiné fabriqué à partir d'une matière première concernée par un rappel, la noix de Saint-Jacques d'un fournisseur nommé.
C'est la définition même du travail d'un traiteur : acheter des ingrédients, les assembler, les rendre sous un nouveau nom et une nouvelle DLC. Deux conséquences pratiques, qui relèvent de notre analyse et non de la fiche. D'abord, quand un fournisseur déclenche un rappel, il faut chercher le produit et ses dérivés : sauces, feuilletés, verrines, plats congelés, tout ce qui a vu passer le lot. Ensuite, la DLC du plat fini (24 octobre ici) n'est pas celle de la matière première (22 octobre) : un lot rappelé peut se retrouver dans une préparation encore commercialisable après la fin de vie du produit d'origine, ce qui explique ce décalage de dates entre les fiches. Nous avions décrit un mécanisme voisin avec les bouchées à la reine du 24 septembre, où la vente à la coupe brouillait la traçabilité.
Les coques de METRO : E. coli supérieur à 230 pour 100 g
La fiche 23924 (référence 2026-10-0251) vise des « coques très grosse pêche vivante » en barquette blanche operculée, conditionnées sous atmosphère enrichie en oxygène, vendues par METRO sur toute la France du 16 au 24 octobre (DLC au 24 octobre), avec la marque de salubrité FR 50.602.016 CE. Le motif est un « dénombrement E. coli >230/100g ». Le risque cité est Escherichia coli, avec, selon la fiche, des gastro-entérites dans les trois jours suivant la consommation, parfois avec des diarrhées sanglantes. La conduite à tenir est de ne plus consommer et de rapporter le produit.
La fiche ne précise ni la méthode d'analyse ni la norme visée, et nous ne comparons donc pas ce chiffre à un seuil réglementaire que nous n'avons pas pu sourcer ici. Ce qu'on peut établir à partir des sources officielles, c'est le rôle de l'indicateur : l'Ifremer explique que, dans la surveillance sanitaire des coquillages, E. coli sert d'indicateur de contamination fécale, et que les coquillages filtrent l'eau et concentrent ce qu'elle contient. Autrement dit, ce chiffre mesure un indice de contamination fécale, il ne dit pas à lui seul quel agent pathogène serait présent. Nous avions détaillé cette logique dans notre article sur les moules de bouchot rappelées le 20 octobre.
Pourquoi la noix de Saint-Jacques est un sujet de réception, pas seulement de consommation
Selon Breizh-Info (14 octobre 2026), la pêche à la coquille Saint-Jacques en baie de Saint-Brieuc se pratique « deux jours par semaine, 45 minutes par jour, de fin octobre à avril ». La noix de Saint-Jacques est un classique des menus de fête : poêlée en bouchée apéritive, en carpaccio, en blanquette, en coquille garnie ou en feuilleté. Sur le plan de l'approvisionnement, le contexte est favorable : l'Ifremer indiquait en octobre 2024 une biomasse totale de plus de 94 000 tonnes dans la baie, un record sur 63 ans selon son communiqué (communiqué Ifremer 2024, derniers chiffres que nous avons pu consulter). Nous ne disons pas que cela change quoi que ce soit au rappel du jour ; nous disons que ce produit sera très présent sur les devis des semaines qui viennent, et qu'il faut apprendre à le tracer avant la haute saison.
Les budgets pèsent aussi. Une partie des clients arbitre déjà son réveillon (voir notre point sur les budgets de Noël 2026), et les noix de Saint-Jacques, produit coûteux, sont une variable d'ajustement fréquente, parfois remplacée par des produits moins chers. Notre point sur l'origine des viandes et des poissons sur les devis va dans le même sens : savoir d'où vient chaque barquette est un atout commercial autant qu'une précaution.
La liste de contrôle d'un traiteur avant la saison
Quatre réflexes concrets, à mettre en place avant le premier devis de réveillon.
- Relever le numéro d'établissement, pas seulement la marque. Sur chaque réception de coquillages, notez l'estampille (par exemple FR 22 325 003 CE), le lot, la date de conditionnement ou de pêche, la DLC et le fournisseur. C'est ce qui permet de rapprocher, en une minute, deux fiches de marques différentes.
- Chercher les dérivés. Quand une matière première est rappelée, listez toutes vos préparations qui l'ont utilisée sur la période et leur stock : sauces, plats cuisinés, plats congelés, verrines. La blanquette de la fiche 23922 est exactement ce cas.
- Distinguer cru et cuit selon le public. L'Anses classe les coquillages crus et les crustacés décortiqués précuits parmi les aliments à éviter pour les personnes les plus sensibles à la listériose : femmes enceintes, personnes immunodéprimées, plus de 65 ans, patients atteints de certains cancers. Elle recense 350 à 400 cas par an en France. Notre guide sur les contrôles de chaîne du froid en événementiel détaille ce qu'on peut vérifier à la livraison.
- Prévoir une clause de substitution. Si un lot est rappelé la veille d'une prestation, avoir déjà prévu au devis une alternative (autre mollusque, autre préparation chaude) évite l'annulation. Notre guide des poissons et fruits de mer en réception propose des pistes de substitution, et la page sur les allergènes en buffet rappelle que les coquillages et les mollusques font partie des 14 allergènes à déclarer.
Pour les menus de fin d'année en entreprise, voyez aussi notre page sur le buffet de Noël en entreprise.
Ce que nous ne savons pas
Les fiches ne disent pas combien de lots sont concernés, ni où a eu lieu la contamination, ni s'il existe des cas humains. Elles ne précisent pas non plus si les enseignes citées ont toutes reçu le même lot, ni la méthode d'analyse des coques. Nous ne disons donc pas que votre stock est concerné, et nous n'affirmons pas que Carrefour achète chez Celtarmor : la ressemblance des numéros d'établissement est un indice, pas une preuve. Les fiches peuvent être mises à jour ; la version en vigueur est celle de RappelConso.
Questions fréquentes
Les DLC étant passées, ces rappels me concernent-ils encore ?
Pour la consommation, les dates limites du 22 et du 24 octobre sont dépassées. Mais la fiche rappelle que la listériose peut avoir un délai d'incubation allant jusqu'à huit semaines : si vous avez consommé l'un de ces produits, une fièvre, des maux de tête ou des courbatures justifient d'en parler à votre médecin en signalant cette consommation. Pour un professionnel, il reste à vérifier les stocks congelés et les préparations dérivées.
Comment savoir si mes noix de Saint-Jacques viennent du même établissement ?
Comparez l'estampille portée sur l'emballage (ou sur le bon de livraison) à celle des fiches : 22.325.003 pour les fiches 23914 et 23923. Si votre fournisseur ne la mentionne pas sur le bon de livraison, demandez-la : c'est elle qui permet le rapprochement.
Une noix de Saint-Jacques bien cuite est-elle sans risque ?
Nous ne pouvons pas vous répondre pour un lot rappelé : la fiche demande de ne plus consommer le produit et de le détruire, sans distinguer cru ou cuit. Un produit rappelé se retire, il ne se rattrape pas en cuisine.
Que signifie « E. coli supérieur à 230 pour 100 g » sur la fiche des coques ?
C'est le résultat d'un dénombrement d'Escherichia coli rapporté à 100 g de produit. La fiche ne cite ni la norme ni la méthode ; nous renvoyons donc à la page de l'Ifremer, qui explique que cette bactérie sert d'indicateur de contamination fécale dans la surveillance des coquillages.
Où suivre les rappels sans y passer la matinée ?
Consultez chaque matin les fiches du jour sur RappelConso, filtrées sur « produits de la pêche et d'aquaculture », « viandes » et « plats préparés et snacks », puis recoupez avec le tableau de vos livraisons de la semaine (fournisseur, estampille, lot, DLC).